mardi 16 janvier 2024

Épisode 7 : Mae Sot Juillet 2019


Bangkok, Chiang Mai, Phuket…ces noms ne vous sont sûrement pas inconnus en Thaïlande.

Mais avez-vous déjà entendu parler de Mae Sot ?



Mae Sot est une ville située dans le Nord-Ouest de la Thaïlande, assez loin des circuits touristiques mais qui a la particularité d’être à la frontière avec le Myanmar.

En 2019, un ami, Stéphane, qui est professeur dans une université en Thaïlande, doit se rendre à Mae Sot pendant plusieurs semaines pour s’occuper d’un groupe d’étudiants dans le cadre d’un programme, notamment avec une immersion sur le terrain.

Il me parle de cette ville, de la beauté de cette région méconnue aux portes du Myanmar.

J’aime découvrir de nouveaux paysages mais surtout, aller au contact de la population locale et quand Steph me propose de venir quelques jours, je n’hésite pas, on doit juste se coordonner pour que j’arrive quand il aura un peu de disponibilité dans son emploi du temps.

Quelques semaines plus tard, me voilà à l’aéroport de Bangkok Don Meuang, direction Mae Sot.

J’ai pris un vol avec la compagnie Nok Air qui, il me semble, était la seule à assurer la liaison Bangkok-Mae Sot.

En voyant l’avion, je suis surpris de constater que son nez a été peint pour représenter le bec d’un oiseau.

Je trouve ça un peu ‘ folklorique ‘ mais pas du tout : "Nok (นก) en thaï signifie oiseau."

Et me voilà à marcher sur le tarmac de l’aéroport pour embarquer dans ce petit avion avec le nez peint d’une manière très originale…l’aventure commence


Le vol se passe bien et comme j’ai la chance d’être près d’un hublot, je peux observer quand l’avion est en approche de l’aéroport, une région montagneuse et verdoyante…génial










A l’arrivée, Steph est venu m’accueillir, je pense qu’on va se déplacer en transport local mais pas du tout, on se dirige vers un parking où je vois son scooter qui a clairement quelques années au compteur et sûrement des milliers de kilomètres d’utilisation : pas de problème, quand il tombera en panne, on pourra se relayer pour le pousser.

Ps : Steph a eu du mal à trouver un scooter à louer pour son séjour, celui-là, qui était disponible, fait figure de graal, un cadeau tombé du ciel.











Et nos voilà partis sillonner les routes de Mae Sot, direction la frontière avec le Myanmar située non loin de l’aéroport.

A cet endroit, la Thaïlande et le Myanmar ne sont séparés que par une rivière et un pont permet le passage d’un pays à l’autre.

Quand je suis au bord de cette rivière, je regarde de l’autre côté et je me dis que c’est le Myanmar.











Ce n’est finalement pas souvent que l’on peut se retrouver à la frontière entre deux pays et je me dis qu’à quelques mètres de moi, la culture change, le langage change, les conditions et habitudes de vie changent : c’est toujours un moment spécial et émouvant pour moi.

En se baladant le long de la rivière, apparait un panneau qui indique : The Moei River The Westernmostpoint

 On se trouve au point le plus à l’Ouest de la Thaïlande.

Voyager c’est ça pour moi, c’est la surprise, la découverte, l’émerveillement et la découverte des autres…je vais être servi pendant ce trip.

Retour dans le centre de Mae Sot après une première découverte de cette partie de la Thaïlande qui m’était totalement inconnue.








Sans aucun doute, d’autres moments forts m'attendent dans les prochains jours.

Le jour suivant, on part explorer la région de Mae Sot et ses magnifiques paysages.

Steph me propose d’aller voir une grotte mais il faut escalader une petite montagne : pas long me dit-il, environ 10 min de marche…il me semble qu’il nous a fallu 45 minutes à travers la forêt, des chemins escarpés pour arriver à cette grotte.

Mais que de plaisir tout au long de cette escalade, arrêt à une chute d’eau, des vues sur la vallée à couper le souffle, un pont en bois sur lequel il faut faire attention où on met le pied pour éviter de tomber dans la rivière.

On veut souvent tout, tout de suite, sans effort mais ce n’est pas toujours le cas et c’est tant mieux : la récompense après l’effort a encore plus de valeur. Une fois arrivé au sommet, on ressent un bien-être nous envahir.

Toutes les petites difficultés rencontrées durant l’ascension nous paraissent insignifiantes devant ce spectacle que nous offre la nature.



De retour dans la vallée, on fait quelques stops devant des rizières entourées de montagnes qui nous offrent une fois de plus, un spectacle que seule la nature à l’état pur peut nous offrir.

On voit aussi des champs, de petites maisons où logent ceux et celles qui travaillent pour nous permettre d’avoir du riz ou autres aliments dans notre assiette.

Ce retour à la terre nous permet de mesurer la chance que nous avons au quotidien de bénéficier du dur labeur de toutes ces personnes mais tous, moi y compris, avons tendance à l’oublier.

Encore une belle journée qui s’achève.







Dans le cadre de son programme d’immersion avec la population locale avec ses étudiants, Steph a rencontré plusieurs communautés Karen, originaires du Myanmar (Ex Birmanie).

Il me demande si je suis intéressé pour aller dans l’un de ces villages Karen, les rencontrer, découvrir leur mode de vie.

Quelques minutes plus tard, nous voilà en route sur les routes de Mae Sot, à travers un panorama qui défile devant mes yeux pleins de découvertes et je me dis que j’ai de la chance de vivre de tels moments.

Et pourtant…pourtant, je ne suis pas assis dans une voiture de luxe ou dans un mini-van avec la climatisation, la pluie menace de tomber, le ciel s’assombrit et on doit faire un stop pour s’abriter au milieu de nulle part : fausse alerte, quelques gouttes de pluie ne vont pas nous arrêter et nous voilà reparti, direction les montagnes et le village Karen.

Nous voilà arrivés dans ce village dans les montagnes de Mae Sot, des maisons rudimentaires en bois, pas de parking bétonné avec un ‘’ coffee shop ‘’ climatisé, pas de magasin avec pleins de souvenirs à vendre.

Nous sommes accueillis dans une maison par une famille adorable : pas de soucis sur la tenue à avoir, que faire ou ne pas faire, je vis en Thaïlande depuis de nombreuses années et je suis très respectueux des coutumes locales.

J’enlève mes chaussures, j’essaie de dire quelques mots en Thai et de communiquer pour les remercier de cet accueil chaleureux.

J’avais fait un trek dans les montagnes de Chiang Mai et j’avais eu l’occasion de dormir 2 nuits dans des villages et maisons de ce type mais aujourd’hui, je suis accueilli par ces gens, chez eux, juste pour le plaisir de tous partager un moment ensemble.

Et comme je maitrise les us et coutumes, je me permets de me lever, de prendre des photos de l’intérieur, sympa la cuisine au bord d’un ruisseau…










Steph vient vers moi et me murmure discrètement : ‘’ tu es chez ces gens ‘’.

Je le regarde et comprends de suite ce que je suis en train de faire.

‘’ pas de soucis sur la tenue à avoir ‘’, ‘’je maitrise les us et coutumes ‘’ : en fin de compte, je ne suis qu’un abruti qui a fait n’importe quoi.

Je m’en veux de leur avoir manqué de respect, ces gens si adorables qui m’ont reçu chez eux.

Quand on arrive dans ces villages qui sont, pour nous, assez typiques, bucoliques…on oublie que l’on est chez eux.

Sous ces apparences de jolis petits villages au milieu de la montagne, il y a des populations qui ont une histoire souvent difficile. On se dit qu’ils ont de la chance de vivre dans de tels lieux, loin du chaos des grandes villes. Mais peu d’entre nous seraient capables de vivre de cette manière.

Sous leurs sourires, il y a aussi des gens qui ont soufferts, qui ont des problèmes au quotidien mais qui ont choisi d’être positifs, de sourire : quelle leçon de vie.

Apres avoir fait le paparazzi dans leur maison, je m’assois, sur le sol, tout penot et on commence à discuter un peu, Steph parle très bien le Thai ce qui facilite les échanges même si j’essaie un peu de participer à la conversation avec mon Thai très limité.

Je pense que dans mes yeux et mon attitude, ils ont compris que je ne voulais pas leur manquer de respect : on peut tous faire des erreurs, il faut en être conscient et éviter de les reproduire.

Avant de partir, j’hésite à demander mais j’ai vraiment envie de garder un souvenir ce moment de partage.

Les plus beaux paysages au monde ne remplaceront jamais à mes yeux les souvenirs de ces rencontres.

J’en parle à Steph qui me dit : bien sûr, demandes leur…








Je pense que c’est lié mais a chaque fois que je tourne une vidéo pour ma chaine YouTube, si je veux faire un gros plan, je demande toujours si je peux filmer et si je vois de la gêne, si je sens que les gens ne sont pas à l’aise, je ne filme pas.

Le but de ce trip était surtout de découvrir les beautés que la nature nous offre et rencontrer des ethnies Karen mais j’ai aussi eu l’occasion de visiter des temples et de voir des scènes que je n’avais personnellement jamais vu auparavant ; Je ne me lasserai jamais de ces découvertes.

 







                                    Merci à Steph pour ces moments de découvertes



FIN


Ps : Le scooter a tenu le coup, on n’a pas eu à le pousser même quand ça montait, il y a les scooters des villes…et des montagnes



mardi 26 décembre 2023

Épisode 6 : Mandarin Oriental Hôtel à Bangkok









A Bangkok, il y a des milliers d'hôtels, de l’auberge de jeunesse aux hôtels de luxe. Choisir peut-être un casse-tête quand on ne connaît pas bien Bangkok. On recherche souvent le meilleur prix dans un emplacement stratégique et bien sûr, en fonction de son budget. Il y a des mythes qui nous font rêver, de par leur histoire et ce qu’ils représentent.

Qui n’a pas rêvé un jour de faire un voyage dans l’Orient Express par exemple, un mythe.

Malheureusement, le budget étant si important que ces rêves resteront un ‘’ fantasme ‘’ pour beaucoup d’entre nous.

Pour moi, le plus important est la rencontre avec les gens, découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles cultures.

J’avais été voir le festival des éléphants à Surin en Thaïlande avec des amis, mais on n’avait pas réservé d’hôtel, on pensait que l’on trouverait facilement… On avait difficilement trouvé une Guest House délabrée avec une seule chambre disponible pour 4, un très mince filet d’eau sortait de la douche, les draps sales, pas de climatisation… ça ne ferait rêver personne, mais on a pris ça avec le sourire et ce trip à Surin reste un super souvenir. Cela montre que l’hôtel, même si bien sûr c’est important, reste une petite partie du trip, le plus important sont les souvenirs que l’on garde en mémoire.

Imaginer que je puisse passer d’une nuit dans cette Guest House à une nuit dans un des hôtels les plus mythiques de Bangkok, pas vraiment et ça ne me dérange pas.

Lors d’un trek dans les montagnes de Chiang Mai, j’avais dormi 2 nuits dans un village, matelas ultra fins au sol, animaux sous la maison et douche, ou plutôt gros conteneur rempli d’eau avec un seau pour s’arroser… le grand luxe après une journée de marche dans les montagnes de Chiang Mai.

Cela veut-il dire que je sois contre les chambres avec climatisation, décoration raffinée, jacuzzi sur la terrasse avec vue sur la mer ? Non bien sûr, mais ce n’est pas ma priorité, même si comme beaucoup d’entre nous, j’essaie de trouver un bon rapport qualité-prix.

Depuis quelques mois, je travaille pour une agence de voyages à Bangkok, ce qu’on appelle dans le jargon touristique, un réceptif. On est en lien avec différentes agences pour le marché Francophone, on reçoit des demandes de séjours et on doit organiser des voyages en Thaïlande suivant la demande des clients. La concurrence est rude et il faut à la fois proposer des circuits intéressants et bien sûr, avec un bon rapport qualité-prix.

La demande qui nous a été faite concerne un groupe de 15-20 personnes, mais qui ont un budget bien supérieur à ce que l’on a d’habitude, il me semble que c’était un groupe de chirurgiens. Mon boss s’occupe de ce dossier très complexe. Les exigences vont bien sûr avec le budget qu’ils ont et ils veulent les meilleurs hôtels. On leur propose un séjour dans un magnifique hôtel 4 étoiles à Bangkok, mais peu de temps après, l’agent nous contacte et nous dit : ils veulent séjourner au Mandarin Oriental Hôtel.

Même si je ne m’occupe pas de ce dossier, je suis les échanges par email entre mon boss et l’agence à qui ce dossier a été confié. Je ne suis pas un professionnel du tourisme, je débute, mais j’apprends comment traiter ce genre de dossiers complexes en observant mon boss qui a une expérience dont j’essaie de m’inspirer. Quand je vois le nom Mandarin Oriental Hôtel, je fais : waouwwww.

Je connais cet hôtel car lors d’un séjour en Thaïlande avec des amis, on avait été y prendre un verre dans le lounge et le souvenir que l’on avait gardé de ce moment, de la découverte de ce monument de l’hôtellerie à Bangkok restera dans nos souvenirs. Je regarde un peu sur internet des photos et je me rappelle de ce moment hors du temps, je me dis qu’ils ont de la chance de séjourner dans cet hôtel… on est bien loin de la Guest House délabrée de Surin.

Quand on travaille dans le monde du voyage, on passe beaucoup de notre temps derrière l’ordinateur à préparer des séjours qui, nous aussi, nous font rêver. On fait bien sûr des inspections, des recherches sur le terrain, mais même si on a quelques petits moments où on savoure, notre esprit doit être fixé sur le but de notre visite : trouver les meilleurs endroits possibles et répondre du mieux possible à l’attente de nos clients.

Il y a peut-être de temps en temps un peu d’envie, mais jamais de jalousie, à chacun sa place et surtout, quelle joie d’avoir un message de l’agence qui nous dit après le retour des clients qu’ils ont adoré ce séjour : c’est l’essence même de notre travail. C’est bien sûr un business, chaque partie doit gagner sa vie, mais la satisfaction d’avoir donné du bonheur aux gens est inexplicable, c’est en tout cas ce qui vous fait oublier les moments difficiles, parfois, derrière votre ordinateur.

J’étais parti faire un trip d’inspection avec un groupe dans le Nord de la Thaïlande, des prestations plus modestes si on compare au groupe qui séjournera au Mandarin Oriental Hôtel, mais toujours de qualité, dans la bonne humeur et avec des échanges humains très sympas. Un échange m’a marqué lors de ce séjour. Je discute avec une dame dans le bus et tout à coup elle me regarde et me dit : ‘’ vous vous rendez compte, je suis une simple femme de ménage et je suis là, en Thaïlande, à découvrir ce magnifique pays. ‘’ J’en ai eu les larmes aux yeux, je ne savais pas quoi répondre, je ne m’attendais pas à cette phrase. Après quelques secondes, je lui ai répondu qu’être femme de ménage ou tous ces métiers qui ne sont pas assez reconnus et même dénigrés, ne voulaient pas dire ne pas avoir droit à vivre des moments comme ça. Elle n’a pas compris pourquoi je lui ai dit merci… Elle venait de me faire le plus beau cadeau humain qu’un agent de voyage puisse recevoir, contribuer même si je n’étais qu’une partie infime de la chaîne, à sa venue en Thaïlande : donner du bonheur aux gens.

Merci, Madame.

Notre groupe de chirurgiens a réservé son séjour ; ils seront logés au Mandarin Oriental Hôtel. De souvenir, ils ont réservé 10 chambres pour plusieurs jours, du coup l’hôtel a pu faire un prix spécial. Quelques jours avant leur arrivée, un couple se désiste, pas de remboursement possible, mais la chambre reste disponible. Quel dommage de perdre cette chambre… quoi que !

Mon boss me demande si je veux utiliser cette chambre pour une nuit… j’hésite un peu, ça me paraît irréel. Mais je reprends très vite mes esprits, je vais me sacrifier pour que cette nuitée ne soit pas perdue.

Quelques jours plus tard, après ma journée au bureau, retour chez moi pour prendre quelques affaires, costume, cravate et direction l’hôtel.

PS : non, je n’ai pas pris de costume/cravate, mais tenue correcte quand même pour être à l’aise dans cet environnement qui ne m’est pas familier.

Check-in fait, je vais me faire plaisir au lounge et je commande un cocktail,








 

j’irai manger à l’extérieur dans un de ces petits restaurants que j’apprécie au quotidien. Malgré tout, en me promenant pour découvrir l’hôtel, je vois un restaurant, ambiance feutrée le long du fleuve qui traverse Bangkok, le Chao Phraya.

Je regarde la carte et je m’attends à des prix exorbitants, mais finalement non, les prix sont certes élevés, mais pas inaccessibles. Je m’installe à une table face au fleuve et savoure un verre de vin pour accompagner un Hachis Parmentier au Canard… un moment hors du temps.

 








La chambre est magnifique, vue sur le fleuve et de nuit, c’est juste magnifique. 



















Lever tôt pour le petit déjeuner, toujours le long du fleuve, le buffet est juste gargantuesque et propose à la fois des plats style American Breakfast, mais aussi plus traditionnels style croissant, jus d’orange frais, café… je vous laisse deviner vers quel style de petit déjeuner je me suis dirigé. Il y avait même du champagne… restons sérieux, pas au petit déjeuner.

Check-out et mon chauffeur arrive dans quelques minutes…

J’ai oublié que je n’avais pas de chauffeur et donc direction le métro le plus proche… en tuk-tuk pour finir sur une bonne note. Retour au bureau pour préparer des trips, répondre aux demandes des clients… avec des étoiles pleins les yeux. Ça n’a rien changé à mon mode de vie, dès le midi, je suis allé manger du Street Food avec le même plaisir que le jour précédent… mais quelle expérience.

mardi 24 octobre 2023

Épisode 5 : Coupe du monde de football en salle

Ah, le football…










Peut-on dire que le football a influencé ma vie ? Sans hésiter, oui, ceux qui me connaissent le savent très bien. Pourtant, tout a commencé à un jeune âge par la natation. Comment me suis-je retrouvé dans une piscine à faire des longueurs quand j’avais 6 ou 7 ans ? Aucune idée, probablement ma maman qui souhaitait que je pratique un sport qui me tienne éloigné de la cité HLM où nous habitions… peut-être. Mes souvenirs de cette période de transition entre la natation et le football (il y a environ 50 ans) sont vagues, mais je ne suis pas resté plus d’un an dans les bassins. Ma jeunesse, mon adolescence se sont déroulées avec un ballon de football entre les pieds.

Les débuts se sont faits dans la rue, sur des terrains vagues, le long d'un immeuble où nous avions aménagé 2 buts pour jouer des matchs. Quelques appartements de cet immeuble ont perdu leurs vitres suite à nos tirs mal maîtrisés.

Voyant ma passion, un copain avec qui nous partagions ces matchs endiablés m'a proposé de participer à un entraînement dans le club local. L'essai a été concluant, et j'ai signé ma première licence de football, dans la catégorie ''Poussin''. Cette passion m'a poursuivi même des années plus tard, à des milliers de kilomètres de ma ville natale, Nancy. J'ai progressé au fil des catégories de jeunes, passant de Pupille à Minime. Le football est devenu mon essence, le fil conducteur de ma vie, même si je suis resté sérieux dans mes études. Tous ces efforts à la fois sur le terrain et à l'école allaient-ils finir par payer ? J'ai présenté ma candidature pour intégrer le sport-études football au collège Georges de la Tour à Nancy. Mon dossier scolaire a été accepté, et le test de sélection pour le football s'est avéré concluant. Ma prochaine rentrée scolaire se ferait avec des cours le matin et des entraînements l'après-midi sur le terrain.

La période faste continuait, et l'entraîneur du club local où je jouais m'a proposé de participer aux sélections pour être Minime de Lorraine. La première année au sport-études a été difficile. Le niveau était élevé, je m'entraînais avec des gars qui jouaient dans les catégories jeunes de clubs professionnels, mais je m'accrochais. Les premières sélections pour être Minime de Lorraine se sont bien passées, et j'ai été sélectionné pour le dernier test. Deux ans plus tard… La deuxième année de sport-études a bien commencé. Je me sentais à l'aise, je progressais et soudain... Début janvier, il a neigé et le sol était verglacé à Nancy. Je suis sorti du collège pour prendre mon bus, et en un instant, je me suis retrouvé au sol. J'ai voulu me relever, mais je n'y suis pas arrivé : mon pied gauche était complètement désaxé par rapport à ma jambe. J'ai été opéré 15 heures plus tard. Les urgences traumatologiques étaient débordées, le verglas en ce jour de Janvier avait causé d’énormes dégâts. Verdict : décollement épiphysaire de l'extrémité inférieure du tibia gauche. On oublie, les souvenirs peuvent être vagues, mais je n’ai jamais oublié ce terme ''barbare''. Après une dizaine de tests de sélection pour devenir Minime de Lorraine, vint le dernier test, le jour de vérité. Le temps était maussade, il pleuvait légèrement, et nous nous retrouvions tous sur un stade dans la banlieue de Nancy. Les tests techniques commençaient : 50 jonglages du pied gauche, d'habitude une formalité, mais j'ai échoué, et tout s'est enchaîné de la même manière. Quelques années plus tard, mon entraîneur, qui avait conservé les résultats des tests, m'a demandé : qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ? Peut-être le trac, le manque de préparation, un excès de confiance, je ne sais pas. Je n'atteindrais jamais le niveau que j'espérais, mais la passion restait, même quand j'ai déménagé avec ma maman et mon frère à Nice. J'ai découvert le foot à 7, nous avions une super équipe, les matchs se jouaient le vendredi soir. Tous mes week-ends étaient réservés au football depuis tant d’années. Aller dans de grands stades a été à la fois un moment de bonheur... mais aussi de regrets. Le stade Marcel Picot à Nancy, où un certain Michel Platini a fait ses débuts à peine quelques années plus tôt. Le stade du Ray à Nice, un vrai stade de football, sans piste d'athlétisme. On sentait l'odeur du gazon derrière les buts dans la fameuse Brigade Sud, la passion des gens du Sud. Le Stade de France à Paris, où je suis allé voir la finale de la coupe de France après un long voyage en train depuis Nice. Ce stade où quelques années plus tôt, tout le peuple Français a soulevé la coupe du monde en même temps que Didier Deschamps… et 1 et 2 et 3 zéros. J'allais oublier, cette finale de coupe de France opposait Nancy à Nice. Le destin vous rattrape parfois. Septembre 2004, je pars en vacances au Brésil, atterrissage tôt le matin à Rio, j’espère pouvoir aller voir un match au mythique stade de Maracanã, mais peu de chances, je ne reste à Rio que 2 jours. Check-in à l’hôtel et je vois une petite pancarte sur le comptoir de l’hôtel, ils vendent des billets pour le derby Flamengo-Fluminense : incroyable… et le match a lieu l’après-midi même. Je ne connais pas du tout Rio, mais me voilà parti en bus local, direction le Maracanã, j'achèterai les billets sur place. Après près de 12 heures de vol, une arrivée matinale à Rio que je découvre pour la première fois, je me retrouve quelques heures plus tard assis dans les gradins du stade que n’importe quel footballeur rêve un jour de découvrir. Le rêve d’un gamin de la banlieue de Nancy se réalise.

Tout cela est intéressant, mais quel est le lien avec la Thaïlande et une coupe du monde de football en salle ? Lorsque j'arrive en Thaïlande, j'ai la chance de rencontrer un couple de Thaïlandais dont le mari est non seulement passionné de football, mais en plus, il joue régulièrement avec une équipe de foot à 7 sur des terrains en synthétique. Me voilà de retour sur un terrain de football à Bangkok, avec une équipe Thaïlandaise, contre d'autres équipes Thaïlandaises. La communication est difficile, mais je suis accepté. L'ambiance est sympa, mon niveau n'est plus le même, mais j'ai conservé quelques restes et une condition physique acceptable. Je jouerai aussi quelques matches avec l'entreprise où je travaillais, ainsi qu'avec des amis qui m'ont demandé de faire quelques piges avec leur équipe. 









Au cours de l'année 2012, je lis un article parlant d'une coupe du monde de football en salle en 2012. Impossible, me dis-je, la dernière coupe du monde a eu lieu en 2010 en Afrique du Sud et la prochaine aura lieu en 2014 au Brésil. Mais je réalise rapidement qu'il s'agit de la coupe du monde de football en salle qui aura lieu… à Bangkok. J'arrive à obtenir une place pour les demi-finales : Italie contre Espagne et Brésil contre Colombie. 























Je ne connais pas très bien le lieu où auront lieu ces matchs, mais je recherche sur Internet comment m'y rendre. Et me voilà dans l’aéroport Link jusqu'à la station d'Hua Mak. De là, je pourrai me rendre au stade à pied. Quelle erreur ! Le stade est beaucoup trop éloigné, et il est hors de question de prendre un taxi-moto. Il faut s'y rendre par une grande artère, et j'ai vu trop d'accidents depuis que je suis en Thaïlande. Je prends régulièrement des taxis-motos, mais uniquement dans les petites rues sans trop de trafic. Quelques minutes plus tard, je me retrouve sur un taxi-moto au milieu de la circulation dense de Bangkok. Des voitures passent à quelques mètres de nous, et le chauffeur pousse sa machine au maximum. Je me demande : qu'est-ce que je fais là ? Quand on rêve de quelque chose, il faut parfois savoir oublier ses peurs et ses appréhensions. Mais ça valait le coup. J'ai assisté à une coupe du monde, vu des matchs de haut niveau et surtout, quelle ambiance entre toutes ces nationalités, à l'extérieur et à l'intérieur du stade. J'ai même rencontré un groupe de supporters Brésiliens avec lesquels j'ai testé ce qu'il me restait de Portugais… je ne sais pas s'ils m'ont compris, mais l'ambiance était super sympa et festive. Après tant d'émotions, je ne vais pas renouveler la balade en taxi-moto pour rentrer. Je cherche un taxi, mais impossible d'en trouver un, trop de monde est sorti du stade en même temps. Je vois alors un bus passer, je ne sais pas où il va, mais je monte à bord. Dès que je vois des taxis libres circulant sur la route, je descends du bus et saute dans un taxi pour rentrer chez moi. Quelle journée, quelle expérience. J'ai assisté à une coupe du monde de football.





 

mardi 19 septembre 2023

Épisode 4 : Mon installation en Thaïlande















Pour bon nombre d'entre nous, partir à l'étranger pour s'installer est une vraie envie mais aussi un saut dans l’inconnu. 

Lorsqu'on revient d'un endroit qui nous a charmés, on aurait souhaité y demeurer plus longtemps, profiter chaque jour de ces plages, montagnes, hôtels... C'est le paradis, la vie aisée, et l'on désire que cela perdure, que cela ne s'achève jamais. Malheureusement, il existe toujours une différence entre quelques semaines de vacances, où le maître-mot est "pas de soucis, que du plaisir", et l'établissement sur la durée. Le budget n'est pas le même, l'exaltation s'amenuise, le regard perd de son éclat, et une routine peut s'installer. Les défis relatifs au visa peuvent surgir à long terme, la communication peut se heurter à la barrière de la langue, l'assimilation d'une culture, le respect des coutumes locales, la compréhension du système de santé, la nostalgie de son pays, de sa famille et de ses amis, ainsi que les conditions climatiques... Il existe un monde de différences entre quelques semaines de vacances et la vie dans un nouveau pays.

Est-ce là signe de renoncement ? Bien sûr que non, au contraire. Cependant, il faut être conscient et surtout prêt à accepter certaines contraintes. L'adaptation sera nécessaire, mais ces efforts resteront minimes en comparaison de ce que cela nous apportera en tant qu'êtres humains. Mon inscription dans une école pour apprendre le Thaï a non seulement été bénéfique pour m'initier à  l'apprentissage de la langue, mais aussi pour rencontrer des gens. J'ai eu la chance de côtoyer des gars sympas, dont certains avec lesquels je suis toujours en contact.

J'ai trouvé mon premier appartement grâce à un copain fréquentant cette école. Je n'y suis pas resté longtemps, car il était trop éloigné du métro que j'utilise pratiquement tous les jours. Néanmoins, cela m'a permis de m'installer et d'avoir davantage de temps pour chercher sur place, sans stress.

Une autre voie pour s'intégrer est bien évidemment le monde professionnel. Selon votre statut et votre budget, cela peut être une option ou une obligation. Trouver un emploi en Thaïlande n'est pas facile, les règles sont strictes, certains métiers sont réservés aux locaux, mais c'est possible, bien sûr. Il n'y a pas de recette miracle, seulement beaucoup de patience, de volonté et d'essais de toutes les possibilités. Il ne faut jamais se dire que cela ne servira à rien. Je pourrais citer par exemple : Gavroche Thaïlande, Le Petit Journal Edition Bangkok, la Chambre de commerce Franco-Thai, LinkedIn, et bien sûr, l'envoi de CV.

J'avais cessé de consulter les annonces sur Gavroche Thaïlande, mais pour une raison dont je ne me rappelle plus, j'ai décidé de les revoir après plus de 6 mois. Une annonce anodine à laquelle j'ai répondu s'est révélée être un tournant dans ma vie en Thaïlande. Les rencontres organisées par les chambres de commerce ou d'autres organisations sont aussi une option. J'y ai participé plusieurs fois, mais j'ai vite déchanté. En tout cas, pour moi, ce fut un échec. Lorsque je discutais avec quelqu'un et que je lui disais que je cherchais un emploi, la réponse était souvent : "Ah, d'accord, bonne recherche", et la personne disparaissait. Je comprends que les gens sont là pour établir des contacts dans le cadre de leur activité, mais discuter quelques minutes ne coûte rien et peut permettre de découvrir une personne intéressante, ayant des choses à partager. Cette même personne pourrait être celle qui vous tendra la main lorsque vous en aurez besoin. N'oubliez jamais l'aspect humain, quel que soit votre objectif.

Certains créent leur propre entreprise et réussissent à s'implanter solidement. Je tire mon chapeau à ces personnes, car on ne voit souvent que la partie visible de l'iceberg, le succès, mais on oublie les investissements, les prises de risques, le stress qui peut durer des mois, ainsi que la nécessité de persévérer dans le temps. La concurrence n'est jamais loin. Un autre moyen de s'intégrer est de rejoindre des associations ou des clubs sportifs. En fin de compte, cela ne diffère guère de n'importe quel pays du monde : si vous souhaitez rencontrer des gens et élargir vos horizons, il faut aller vers les autres. J'avais fait partie de clubs de football et d'associations de course à pied en France. J'ai naturellement repris ces activités en Thaïlande, et une fois de plus, j'ai eu la chance de faire la connaissance de personnes qui font toujours partie de ma vie. Elles m'ont apporté énormément. J'espère également avoir apporté en retour des moments agréables, des échanges et des éclats de rire, même après des entraînements intenses et exigeants.

Equipe Thai de foot 7



Course de 10 km dans Bangkok


Entrainement de Shinkyokushinkai

















Le partage au sein de la difficulté, des moments délicats, nous rapproche encore plus. Le respect se gagne et se mérite. Il ne dépend pas de vos origines, de votre statut professionnel ou de votre compte en banque.

S'installer "dans son propre pays" exige une ouverture d'esprit et des efforts de temps à autre. S'installer loin de chez soi, sans repères, demande encore plus d'efforts, de patience, et implique d'accepter que les différences existent sans pour autant devenir des barrières infranchissables. Il me semble que cette citation est de Coluche : "Vous n'êtes pas responsable de la tête que vous avez, mais vous êtes responsable de la gueule que vous faites."

Pièce de théâtre 




 









lundi 21 août 2023

Épisode 3 : Alex, mon ami

Je suis dans mon appartement, occupé à vaquer à mes occupations, peut-être sur mon ordinateur… mon souvenir de ce moment est vague.

J’entends qu’on sonne à ma porte, plusieurs fois… Quelques instants plus tard, avant que je n’aie eu le temps d’ouvrir, quelqu’un toque.

C’est bon, relax, j’ai entendu, j’arrive.

J’ouvre la porte et je vois Nina, la copine de mon ami Alex, paniquée.

J’ai rencontré Alex et Nina dans la résidence où je vis, et nous avons très vite sympathisé.

Alex est Anglais et a pris sa retraite en Thaïlande. Nina travaille pour une compagnie qui organise des salons sur le mariage.

Nous nous voyons souvent pour prendre un café, partager un repas, et Alex me donne des cours d’Anglais. J’ai raté des opportunités professionnelles à cause de mon niveau d’Anglais insuffisant.

Une belle relation se développe, et nous apprécions ces moments passés ensemble.

La vie est faite, de temps en temps, de ces rencontres où il n’y a aucun intérêt, aucune arrière-pensée, juste le feeling qui opère et qui rend ces rencontres encore plus belles.

Je demande à Nina ce qui ne va pas, elle me répond… "Alex".

"Quoi Alex ? On a mangé ensemble il y a moins d'une heure. Je ne comprends pas ce qui se passe.

Je me rends dans leur appartement et je vois Alex, assis sur une chaise, un peu sonné mais conscient.

Je lui parle pour m’assurer qu’il m’entend, je lui demande de me parler pour être sûr qu’il reste conscient.

Il me répond, ses propos sont clairs, et il me dit qu’il a fait un malaise, mais que ça va mieux.

Depuis quelques jours, quand je rencontrais Alex, il avait des malaises, assez courts.

Il avait été voir un médecin, mais devait avoir un traitement… Il attendait que son assurance prenne en charge ces frais.

"Alex, va faire ce traitement. S’il le faut, je participerai aux frais et tu me rembourseras plus tard."

J’insiste, mais il refuse… Je ne peux pas le forcer… J’aurais dû.

Alex reprend ses esprits, il va mieux, la pression tombe et le calme revient.

Nina me demande s’il faut annuler l’ambulance qui a été appelée.

"Non. Il est préférable qu’un médecin le prenne en charge. Ces malaises sont inquiétants"

En attendant que le médecin arrive, Alex est toujours assis sur une chaise. J’essaie de le garder conscient, je lui parle, lui passe de l’eau froide sur le cou… Je sens qu’il a tendance à s’évanouir.

"Reste conscient, Alex, s’il te plaît. Le docteur arrive."

Soudainement, il s’écroule dans mes bras.

Au même moment, Neil, un copain Anglais qui vit dans la résidence, arrive.

J’ai le souvenir qu’on allonge Alex au sol.

On commence un massage cardiaque, Neil insuffle de l’air à Alex dans la bouche, je fais le massage cardiaque.

Je n’ai aucun souvenir de comment nous nous sommes réparti les gestes à faire, mais sûrement le réflexe de cours de secourisme.

Le temps paraît interminable jusqu’à l’arrivée du médecin.

Pendant combien de temps avons-nous massé Alex ? Quelques minutes, surement plus mais ça nous a paru être des heures.

Le médecin prend Alex en charge avec son équipe, on est fébrile mais confiant.

Malgré de nombreuses tentatives pendant 30 minutes, Alex ne réagit pas.

Tout est tellement confus, les souvenirs se bousculent, et je peux me tromper dans mes souvenirs, mais je vois l’image de ce médecin qui se relève et me dit : "On continue ?"

Comment puis-je prendre une telle décision ? Je n’ai aucun droit pour ça.

"On continue…"

Alex sera déclaré décédé un peu plus tard.

C'était en Août 2012… Le temps a passé depuis, tous ceux qui connaissaient Alex ont poursuivi leur vie, moi y compris, mais les souvenirs restent, et il ne faut pas garder en mémoire que ce jour où tout a basculé.

Ma mémoire a effacé ou plutôt gardé au fond d’elle-même certains moments de ce jour.

Est-ce une protection ? Je ne sais pas, sûrement, mais rien n’effacera ces moments passés ensemble, cette complicité, ces partages qui ont créé cette amitié entre des gens qui n’avaient pas la même langue, la même éducation, mais qui avaient un point en commun : le respect de l’autre.

"We miss You, Alex."